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  • Photo du rédacteurFranck Houdas

Interview d'Ianis Periac : « Le football, c'est beaucoup plus qu’un match de 90 minutes »

Dernière mise à jour : 2 déc. 2022

Sorti en novembre 2021, le livre Foot Thérapie est le carnet de voyage d’Ianis Periac. Que ce soit en Albanie, en Allemagne ou en Espagne, l’auteur nous plonge au cœur des derbys où le foot est plus ou moins une religion. Il a accepté de répondre aux questions de Lectures sportives, le tout dans une bonne ambiance. Entretien.


Ianis Periac / ©Courrier International

Bonjour Ianis, comment t'es venu à l'esprit l'idée d'écrire un livre ? C’est venu un peu naturellement. J’écris beaucoup quand je vis quelque chose, quand je suis en voyage. Et forcément, j’écrivais lorsque je vivais les voyages évoqués dans le livre. À la fin, je voulais vraiment en faire quelque chose de toutes ses immersions de ces matches et ces villes. Je les ai donc mises bout à bout et j’ai vu que le résultat était plus fort.

Du coup, j’en ai parlé avec Samy Glenisson (ndlr : l’illustrateur du livre) en lui proposant d’illustrer, pour commencer, un derby car nous souhaitions vendre un sujet à un magazine. Par la suite, nous nous sommes rendus compte que cela fonctionnait et que nous avions envie d’en faire un livre.


Les illustrations étaient donc une volonté de ta part ? Oui, Samy est un très bon ami à moi. Je trouvais cela super de pouvoir faire ça avec lui. Je lui envoyais les textes, il les illustrait, on discutait sur l’image qu’on pouvait donner. C’était intéressant de chercher à illustrer au mieux le texte et le message que je voulais faire passer. C’était cool de faire ça ensemble. En 2015, tu pensais quitter ton job mais finalement ton chef te remercie pour tout ce que tu as fait. Toi qui as toujours rêvé d'être journaliste sportif, comment vis-tu ce licenciement ? Plutôt bien en réalité. L’harmonie qu’il y avait à ce moment-là ne me convenait pas et j’avais besoin d’un nouveau départ. Ce licenciement a été presque une opportunité de commencer quelque chose de nouveau. Je suis donc parti. C’était la fin de la mésaventure. Et c'est donc à ce moment-là que tu commences tes voyages de derbys ? Ou as-tu fait appel à tes mémoires pour certains ? Les deux. J’avais déjà assisté à d’anciens derbys, en faisant un tour d’Europe en voiture, jusque dans les Balkans. Et petit à petit, j’ai continué à aller voir d’autres matches dans différentes villes.

©Ianis Periac / Editions Braquage

Cinq mois après ton licenciement, tu décides de fuir le foot pour t'évader un peu. Sauf que celui-ci te rattrape puisqu'involontairement, tu pars à Barcelone... un week-end de finale de Coupe du Roi entre le Barça et Bilbao. Finalement, il est impossible d'oublier le foot une fois qu'on y a goûté ? C’est complètement impossible ! Justement, j’en parlais avec un ami ce week-end en lui disant qu’une fois qu’on a plongé dans le football dès le plus jeune âge, ce sport fait partie de notre construction. On ne se rend pas compte au quotidien mais il y a beaucoup de choses qu’on voit par le prisme du football : la géographie, la culture... C’est beaucoup plus qu’un match de 90 minutes. Et quand tu pars à Barcelone, tu vois du foot partout. Et pas que ! Quand je voyage dans d’autres villes, j’ai l’impression d’être envahi de foot. Tu rencontres systématiquement des personnes et je trouve que le foot est un moyen de commencer une conversation.


C’est vrai qu’il est difficile de faire abstraction au ballon rond lorsqu’il y a des stickers sur les panneaux de signalisation, des graffitis sur des murs, des maillots dans les rues... Exactement ! Le football fait partie de la culture d’un pays : les villes qui possèdent un club de foot, combien il y en a, quelle est leur histoire... Donc c’est vrai que pour moi c’est très difficile de me couper du foot. Surtout qu’il y a une telle aura autour ce sport aujourd’hui.


Je confirme, j’ai appris ma géographie grâce au foot, je ne peux pas nier cela. Moi aussi, et je crois que nous ne sommes pas les seuls (rires) !

Bars, rencontres avec différentes personnes, stades, ambiance... C'est un peu ton fil rouge de ton livre ? C’est ça. Je voulais vraiment parler de ce que le foot peut nous apporter autre que du foot. Et ça t’apporte des passions, des rencontres, des voyages, de l’émotion qui au final font la vie. Je ne conçois pas du tout le football comme un ensemble de statistiques ou de duel entre joueurs. Ça va au-delà. Je pense que le plus important c’est la globalité : qu’est-ce qui nous fait vire ? Où le foot nous emmène-t-il ? Tu as assisté notamment à des matchs à Tirana, Istanbul et Belgrade. Pourquoi avoir choisi ces destinations ? Il y en que j’ai choisi parce que je voulais vraiment envie d’aller voir le match là-bas. D’autres parce que je connaissais déjà les lieux. Par exemple auparavant, j’étais resté quelques mois à Tirana et aujourd’hui, j’ai un ami qui vit là-bas donc j’avais très envie de retourner voir un derby. Parfois, j’entends qu’il y a un derby dans telle ville et je me dis : « Tiens, et si j’y allais ! ». J’aurais pu choisir d’autres derbys mais j’aime bien quand ce n’est pas forcément les plus évidents.

Le parcours d'Ianis évoqué dans son livre / ©Ianis Periac, Samy Glennison, Editions Braquage

Justement, n'avais-tu pas envie d'évoquer des derbys qui parleraient plus aux fans de foot comme le derby rhônalpin, milanais ou un des derbys londoniens ? J’ai eu envie d’aller chercher quelque chose de moins évident et connu, un peu plus hors des sentiers battus. D’aller là où on peut lire moins de choses autour de ces matches que ceux de Londres ou de Milan. Sinon, j’aimerais beaucoup assister à des derbys dans ces villes-là.


Le foot est le sport le plus populaire. Cela t'a aidé à aller vers les personnes, à faire de nouvelles rencontres ? Quand tu es passionné de football, tu as cette chose extraordinaire : avoir une passion commune avec beaucoup de personnes. Donc pour discuter, c’est une porte d’entrée phénoménale. Tu rentres dans un bar, il se passe quelque chose, tu commences à parler et cela amène à des discussions plus ou moins longues. Le foot et la musique sont les deux seuls domaines où tu partages quelque chose de très fort avec des personnes inconnues. Je peux rencontrer quelqu’un que je ne connais pas à l’autre bout de la planète et en un mot, nous allons avoir les mêmes images dans la tête. Par exemple, si je dis Ronaldinho, nous allons avoir un socle commun. D’ailleurs, c’est ce que je raconte dans le livre lors du derby d’Istanbul : tu arrives dans la ville et tu ne parles pas la langue. Mais il suffit de porter un maillot ou de prononcer « Fenerbahçe » ou « Galatasaray » et tu peux apercevoir des sourires sur les visages, des personnes qui montrent leur maillot... Le foot brise beaucoup de barrières et facilite les rencontres.

Un moment, tu nous fais voyager au Chili et en Argentine. Pourquoi ne pas nous avoir mis dans l'ambiance d'un derby argentin quand on sait leur amour pour leur club et le ballon rond ? Il y a plusieurs raisons. La première est simple : quand j’étais dans ces pays, c’était hors saison. Il n’y avait pas de match. Ensuite, le postulat de départ du livre c’est de faire découvrir des pays et des villes via le football. Quand il y a un derby, j’assiste au match et je fais une vraie immersion. Et quand il n'y en a pas, et c’est ce qu’il y a d’extraordinaire en Argentine, tu sens quand même le foot qui bat dans toutes les rues et dans tous les cœurs des habitants. Et pour nous, fans de foot, je trouve cela super de visiter Buenos Aires alors qu’il n’y a pas de match. À Bruges, les supporters du Club dominent ceux du Cercle. Les écharpes et maillot verts sont rares en boutiques. C'est un peu le club inexistant pour les footeux belges. Au final, toi qui cherchais un maillot du Cercle, as-tu pu en trouver un ? Et non (rires) ! J’étais vraiment dégoûté. Je pense que si j’étais resté une ou deux journées de plus, j’aurais fini par le trouver. Mais il se trouve que sur ce week-end-là je ne l’ai pas trouvé, et j’étais surpris. Justement, j’en reviens à mes propos sur l’Argentine, l’inverse est vrai aussi : j’aime bien cette idée de découvrir Bruges par le prisme du football alors que ce n’est finalement pas une ville de foot. Le fait de ne pas trouver ce maillot et de faire des rencontres, j’avais l’impression que les fans de foot là-bas souffrent du manque de culture sportive et de culture footballistique du pays et de la ville. En septembre 2016, tu poses tes bagages à Lisbonne. Depuis, as-tu choisi ton club ? Benfica ou Sporting ? (Rires) Non, je reste en dehors de ça ! J’ai assisté au derby Benfica-Sporting avec les supporters des Aigles au Stade de la Luz donc je dois dire que j’ai tout de même un petit pincement pour le Benfica par rapport au Sporting mais je ne suis pas à fond derrière cette équipe. Par contre, à chaque fois que je vais voir un match dans un stade, en général il y a une intimité qui se crée entre le club et moi.

Parmi ceux cités dans l'ouvrage, quel est le derby qui t'a le plus marqué ? (Il réfléchit) Je pense que celui... Franchement, c’est très dur d’en dire un. Ils sont tous différents et m’ont tous touchés. Je crois que celui de Tirana... J’allais dire que celui de Tirana est celui du plus loin de ce qu’on connait. Mais celui d’Istanbul était vraiment extraordinaire. L’ambiance folle : cinq heures avant le match, la ville est pleine de personnes qui font la fête dans les rues. C’était hors norme pour le coup ! Y a-t-il des derbys auxquels tu souhaites assister plus tard ? Oui. J’aimerais bien en faire un au Royaume-Uni et au Maroc. Le derby de Casablanca doit être assez fou. Il y a aussi bien évidemment les derbys au Brésil et en Argentine. Il y en a tellement. Ce qui m’intéresse vraiment c’est faire le grand écart, c’est-à-dire d’assister à des gros derbys dans des villes de foot avec 60 000 personnes dans le stade mais également d’aller voir des petits derbys dans des petites villes juste pour voir la façon dont les personnes vivent le foot.

©Ianis Periac, Samy Glennison / Editions Braquage

Lors des premières pages, tu parles de la lassitude et la dépression de ton métier de journaliste sportif. T'arrive-t-il toujours de penser la même chose aujourd'hui ? Oui. Comme pour beaucoup de métiers, il y a une partie de mon travail que j’adore. Et puis, il y a la partie un peu moins fun où tu es derrière ton ordinateur dans le but de faire un maximum de vues et de clics. Je trouve que le métier de journaliste a beaucoup changé ces dernières années et c’est cette partie-là qui ne me séduit pas. Finalement, être présent dans un stade lors d'un derby et écrire ce livre a-t-il vraiment été une thérapie pour toi ? Pour le coup, oui. Cela a redonné du sens à ce que je faisais. Je me suis dit : « Voilà, c’est exactement ça que je veux faire. » Partager des émotions, des matchs et les vivre. Pouvoir retranscrire les émotions ressentis avec des mots, je trouve que c’est beau et ça m’a plu. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce livre.


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